Le mystère Diogène

Publié le par Guy Bourguignon

On lui demandait ce que la terre portait de plus lourd: « Les gens sans éducation », répondit Diogène. Car la presse (romande ?) s'est prise de passion pour Diogène – pour les Diogènes, en fait, parce que les journalistes – de la Tribune de Genève, en particulier(1) – désignent par le nom du célèbre philosophe cynique grec les personnes poussées à « l'entassement compulsif » et à l'accumulation d'ordures. C'est à dire très précisément le contraire de ce qu'était (le vrai) Diogène ! La plus célèbre anecdote concernant le philosophe – hormis le fameux «Ôte-toi de mon soleil !» adressé à Alexandre le Grand sur le seuil de son tonneau – est celle-ci: voyant un enfant boire dans ses mains, Diogène se débarassa d'un des dernier s objets en sa possession, un gobelet... « Je suis bien fou d'avoir porté si longtemps des bagages superflus ! », s'exclama-t-il... Le refus de la possession, de l'accumulation, est l'un des éléments essentiels de la pensée de Diogène: pourquoi lui, dans ce cas, pour désigner des « entasseurs » ? Parce qu'il est sale – forcément sale ? Même pas. Diogène Laërce lui attribue ce mot, à propos d'un bain malpropre: « Ceux qui se sont baignés ici, où donc peuvent-ils se laver ? »... Le mystère Diogène reste entier. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il n'aurait pas beaucoup apprécié les journalistes... (2)


1 – Dernier article en date: Le Diogène des Pâquis file à l’anglaise et laisse un taudis, 10 janvier 2007

2 – Source: Les Cyniques grecs – Fragments et témoignages, édition de Léonce Paquet, Le Livre de Poche (1992)

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Publié dans Presse-Purée

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