Turquie en Europe: l'arnaque

Publié le par Guy Bourguignon

La candidature de la Turquie à l'Union Européenne est une arnaque. Mais il y a pire: les réponses des Européens à cette demande sont aussi une arnaque. Parce que la Turquie n'est pas une démocratie, tout simplement, et que l'Europe n'a pas vocation à accueillir une dictature où l'armée commet des atentats contre ses propres civils !
L'article (ci-dessous) rapporte des faits visiblement connus de tous, des faits ignobles commis en toute impunité. Des actes ignominieux qui ne semblent pas poser problème aux dirigeants européens. Et nous, pauvres citoyens, on nous fait peur avec l'islam, le régime islamique, l'islamisation de l'Europe (oui, il y a aussi un problème avec ça, mais comme avec toutes les religions...)... Car l'armée turque est peut-être la garante de la laïcité du pays, elle n'est en tous cas pas la garante de la démocratie (la vraie: celle de la vieille Europe et de ses vieux Droits de l'Homme). Et si ces gens-là entrent en Europe, ce n'est pas la Turquie qui deviendra européenne, mais l'Europe qui deviendra fasciste.



TURQUIE - Des journalistes "fichés" par l'armée
La presse turque révèle l'existence d'un mémorandum de l'armée sur le "niveau de confiance" qu'on peut accorder à certains journalistes. Un nouvreau scandale qui éclabousse la démocratie turque toujours surveillée par les militaires, souligne Milliyet.

Alors que l'on "célèbre" aujourd'hui le 10e anniversaire du 28 février 1997 [ce jour-là, l'armée turque, au cours d'une réunion du Conseil national de sécurité, mettait la pression maximale sur le gouvernement Erbakan (Refah, islamiste) qui allait tomber trois mois plus tard], voilà que l'hebdomadaire Nokta nous révèle que l'on se trouve aujourd'hui face à un "nouveau mémorandum" émanant de l'état-major de l'armée turque où les accréditations pour les journalistes sont décidées à l'aune d'une "évaluation" des médias nationaux.
La politique d'appréciation du "niveau de confiance" à l'égard de la presse entamée par l'état-major en 1997 se poursuit donc aujourd'hui sous l'appellation de "réévaluation des organes médiatiques accrédités". En se fondant sur une analyse des dépêches et éditoriaux parus dans la presse entre janvier et septembre 2006, les militaires ont ainsi publié une "note de service interne" classifiant les journalistes entre "pro-" et "anti-"armée turque, distribuant au passage de bonnes ou de mauvaises notes.

Selon cette "réévaluation", critiquer l'armée pour son rôle dans l'attentat de Semdinli [en novembre 2005, un attentat était perpétré contre une librairie dans la petite ville à majorité kurde de Semdinli par des militaires en civil arrêtés par la population] suffit pour être catalogué dans la "mauvaise liste". De même, s'opposer par principe aux coups d'Etat militaires ou à l'intervention de l'armée dans la vie politique peut vous faire passer sur la liste des "inconvenants" établie par l'état-major. Une telle approche discriminante n'existe précisément que dans les "démocraties" gérées à coups de mémorandums. Que l'état-major éprouve le besoin de renouveler ses "fichiers d'accréditation" vieux de dix ans alors que le 12 septembre 1980 [date du dernier coup d'Etat militaire classique] et le 28 février 1997 sont pourtant derrière nous, a vraiment de quoi inquiéter et n'est pas sans rappeler l'expérience maccarthyste aux Etats-Unis.
Au cours des années 1960 et 1970, alors que la guerre froide battait son plein, les tribunaux d'exception mis en place en Turquie à la suite des coups d'Etat du 12 mars 1971 et du 12 septembre 1980 allaient gâcher la vie d'un grand nombre de personnes sur la base de ce type de rapports et de procès-verbaux préétablis. Dans la foulée du processus du 28 février 1997, qualifié désormais de "coup d'Etat postmoderne", des journalistes avaient été licenciés de leurs journaux sur la base de fausses révélations attribuées à Semdin Sakik [haut responsable politico-militaire du PKK exfiltré du nord de l'Irak par les forces spéciales turques]. C'est aussi l'époque où le président de la Ligue des droits de l'homme, Akin Birdal, avait été gravement blessé dans un attentat. C'est alors que nous avions fait connaissance avec ces fameux mémorandums de l'armée ! J'étais alors rédacteur en chef de Milliyet et, à ce titre, j'avais reçu un rapport dans lequel il apparaissait que les noms de onze de mes collaborateurs étaient notés en couleur rouge ! Mais nous avons tenu bon et n'avons rien concédé notamment grâce à Aydin Dogan [propriétaire du vaste holding dont fait partie Milliyet] qui nous a soutenus.
Face aux partisans du "processus du 28 février" qui cherchaient un appui du côté de Washington pour réaliser un véritable coup d'Etat, nous avons défendu la démocratie au nom du principe de "ni charia ni coup d'Etat". Je n'ai aucun doute qu'aujourd'hui nous afficherons les mêmes principes démocratiques. En voyant notre nom apparaître dans ce dernier mémorandum de l'armée à cause de nos positions sur l'attentat de Semdinli, je comprends mieux pourquoi la "justice indépendante" avait dans le cadre de la même affaire été soumise à de fortes pressions ! [Le procureur chargé initialement d'instruire l'attentat de Semdinli et qui avait mis directement en cause l'armée, y compris un général devenu depuis chef de l'état-major, fut déchargé de l'affaire et radié].


par Derya Sazak,
Milliyet, publié par Courrier international, 9 mars 2007
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Publié dans Exfolie

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